oH!lala, notre safran et notre spiruline vus de Nîmes Uzès Alès

 

OH!lala, c'est THE bimestriel gratuit, 100% festif et culturel, et gardois! 

OH!lala c'est THE revue culturelle du triangle Nîmes - Uzès - Alès, et un peu plus, pour ne rien manquer de la vie culturelle gardoise.

Vous pouvez les suivre sur Facebook par ici, et surtout repérer les lieux proches de chez vous où le trouver.

 

OH!lala est venue nous rendre visite cet été lors d'un Lundi à Manjolive. Entre visite de la ferme, vins et tapas, nous avons eu grand plaisir à recevoir l'équipe nîmoise en délégation et nous les en remercions.

Voici donc leur version de notre petite histoire...

Le safran et la spiruline de Manjolive

"Avec une pincée de safran, ma grand-mère faisait un riz de muerte. Au départ on s'est lancé pour le plaisir, la famille" ponctue Céline Dalonis. Cette agricultrice a commencé, avec son mari Sébastien, leur "petite" production de safran voici treize ans. Auparavant, elle était chargée de la communication d'entreprises culturelles sur Marseille et Arles, puis a professé l'espagnol. Lui, après une maîtrise sur l'environnement et une autre sur la trufficulture, se languissait dans l'enseignement. Il avait hérité, par sa mère, d'une petite propriété dans son hameau, à Donnat, à quelques kilomètres de Bagnols sur Cèze, et, par son grand-père, du goût de l'aventure en agriculture. Celui-ci n'avait-il pas été le premier à expédier des asperges sur Paris ou à tenter, ici, la culture des cacahouètes? Sur le lopin d'un hectare, Sébastien et Céline souhaitent retrouver les pratiques naturelles écologiques et respectueuses de tous, en mettant en place une agriculture durable bio, sans apport chimique ou mécanique.

La culture espagnole de Céline va la conduire naturellement vers le safran. "Malgré ce que l'on pense, le safran n'est pas une épice exotique. Originaire de Crète, ce sont les grecs, puis les romains qui l'ont introduit en Méditerranée. Elle est arrivée en Provence par Marseille" souligne-t-elle. A peine le diplôme d'enseignante en poche, elle part, quelques semaines, avec sa grand-mère à La Carolina, leur village dans la province de Jaén en Andalousie, à la découverte de la fleur du Crocus Sativus. Il faut dire que cette immigrée bruxelloise a toujours eu plusieurs cordes à son art, elle dans le flamenco avec le groupe "Vice et Vertu", introduit des concerts au Théâtre Antique d'Arles pour le festival des Suds et traduit les textes de présentation des disques de la chanteuse Rocio Marquez.

Dès son retour, le couple plante les premiers bulbes. La safranière est née. Leur petite récolte, ils vont la réaliser à la main tous les jours - une véritable course contre la montre -, avec la rosée de l'aube, pendant les vacances scolaires de Toussaint et la commercialiser dans les épiceries bios locales.

C'est la rencontre avec le chef étoilé Lionel Lévy à Marseille, et son coup de coeur pour leur safran, qui leur mettra véritablement le pied à l'étrier. "Aujourd'hui on le retrouve dans sa bouillabaisse et il l'utilise même pour un milk-shake". Et puis le bouche à oreille amène une demande d'autres confrères.

Le safran de Manjolive devient l'épice fidèle de plusieurs restaurants gastronomiques voisins. Jusqu'à l'intronisation dans le cercle fermé de l'association "Gard aux Chefs", à l'occasion du salon MIAM d'Alès en novembre dernier. "Vous comprenez que cela ne rigolait plus!"

Céline et Sébastien mettent de côté l'enseignement afin de se consacrer à leur passion et, toujours attirés par les productions singulières, se lancent en plus, voici quatre ans, dans la culture d'une algue microscopique, la spiruline, en gardant toujours un oeil sur leur magnifique partition de senteur.

Pourquoi la spiruline? "Mais la spiruline est historiquement un superaliment! C'est une micro-algue étonnante, aux multiples vertus, de plus en plus appréciée" s'insurge Céline. Et elle affirme : "cette eau verte, originellement découverte dans le lac Tchad, pourrait détrôner la viande tant ses qualités nutritives sont exceptionnelles". Et puis, "comme le safran qui fleurit la nuit", il y a ce côté magique. 

La cyanophycée (tel est son nom scientifique) a trois milliards d'années. Elle est l'un des plus anciens êtres vivants sur la planète. Elle était considérée par les Incas comme al nourriture des dieux et fait toujours partie de l'alimentation traditionnelle en Inde, en Afrique et en Amérique Latine. Alors sur les deux mille mètres carrés de terrain qu'il leur restait, ils installent, sous serre, quatre petits bassins, des roues à aube pour agiter le milieu, des écumeurs pour évacuer les mauvais résidus et des souches de cette cyanobactérie millénaire. "L'idée c'est de créer un écosystème favorable : chaleur, température, pH...". Un pari un peu fou.

La production de la spiruline exige une culture très technique, un suivi quotidien. "A son optimum, la micro-algue double sa masse toutes les 24 heures. C'est impressionnant."

La récolte se fait d'avril à octobre, quatre fois par semaine. S'en suivent l'égouttage, le pressage et le séchage. Au final, elle se présente en paillettes ou en comprimés. C'est là que leur production tire son épingle du jeu, en oeuvrant de manière artisanale dans une démarche d'agriculture biologique et de permaculture à long terme, à l'inverse des standards industriels asiatiques que l'on trouve en pharmacie ou supermarché. 

Comme pour le safran, pour un coup d'essai ce fut un coup de maître, les deux s'imposant comme une incontournable production locale de qualité d'une petite entreprise qui a déjà tout d'une grande.

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